Je prends le temps d’écrire ses lignes entre deux boires parce que je souhaite me rappeler des moindres détails de cette rencontre qui a eu lieu il y a maintenant 7 jours.
Je suis présentement à 39 semaines et 1 jour. La veille, je me sens étrange, différente. J’ai l’impression qu’il se passe quelque chose en moi. Je me doute bien, mais je n’ose pas me faire d’espoir. Je n’ai pas demandé d’évaluation de mon col, je sais que mon corps travaille et que ma fille arrivera. Je ne veux rien faire pour la presser. La moyenne des accouchements pour les premiers bébés est tout de même 41 semaines ! Je fais confiance en ma fille, je sais qu’elle choisira son moment parfait pour naître. Je me sens tellement reconnaissante de la porter en moi et de la sentir bouger que je patiente sans problème.
C’est vers 4:45 le lundi 28 mai que je me réveil par une sorte de douleur au ventre. Je ne comprends pas trop ce qui se passe, jusqu’à ce qu’une autre arrive. Je ne veux pas trop m’exciter, je ressens des contractions depuis déjà plusieurs semaines et je sais que mon corps se prépare, je me dis que c’est encore le cas… mais cette fois, c’est différent. Ça continue.
Mon amoureux se réveille doucement pour aller travailler et je n’ose pas lui dire tout de suite ce qui se passe en moi. Après plusieurs contractions, je lui dis d’aller travailler, mais de rester à l’affût, je crois que c’est le travail qui commence.
Je voulais vivre ce moment seul avec moi-même, gérer les vagues une à la fois dans la douceur et le calme.
Je prends un bain, comme ma sage-femme m’a mentionné de le faire, voire si le travail continue. Les contractions sont déjà au 4 minutes, il est 9:00.
J’appelle ma mère et lui demande de venir m’aider à préparer ce qu’il faut pour l’hôpital. J’appelle ma sage-femme pour lui mentionner ce qui se passe et elle décide de venir m’évaluer à la maison. Je remercie la vie d’avoir la chance d’avoir un suivi sage-femme et de ne pas être obligée de me déplacer.
Vers 11:30, j’apprends que mon col est ouvert à 2 cm. Je demande à ma sage-femme si le travail peut s’arrêter, elle me dit que oui, mais qu’elle a un bon feeling. Je me sens rassuré.
Le travail continue et s’intensifie. Je prends un autre bain, j’allume les chandelles et écoute la musique que j’avais préparée pour ce moment.
Vers 3:00, ma sage-femme m’appelle pour prendre des nouvelles. Je lui dis que c’est plus intense et toujours aussi régulier. Elle me demande de venir à la maison de naissance quand mon chum revient du travail pour voir ce qu’il en est.
À 17:00, mon amoureux arrive. On prépare la voiture pour partir. Le trajet est plus difficile, je ne suis pas confortable dans l’auto. Finalement, on arrive et on se fait accueillir avec bonheur par ma sage-femme. Je suis heureuse de la voir et elle est heureuse que mon bébé s’en vienne.
Je suis maintenant dilaté à 4cm, il est presque 18:00. Ma sage-femme me mentionne que je peux faire une parti du travail ici, et que quand ce sera plus avancé, nous nous rendrons à l’hôpital (je dois y être pour la naissance de ma fille à cause d’un séquestre au poumon) je suis tellement heureuse de pouvoir être dans une des chambres de la maison de naissance. Je me sens bien.

Phil et moi, on met de la musique et on se tient la main en se regardant en attendant les vagues qui arrivent. Je vis chaque moment en me disant que mon bébé sera bientôt avec nous. Je me répète sans cesse la phrase D’Isabelle Brabant dans sa visualisation (pour une naissance heureuse): les cols sont fait pour s’ouvrir et les bébés sont faits pour naître. Je prends un bain et je chante à ma fille durant les pauses. Phil dort sur le lit, ça me réconforte de le voir aussi calme et détendu.
Vers 22:00, c’est beaucoup plus fort. On décide d’aller à l’hôpital parce que je sais que le trajet sera plus difficile. On arrive et je veux marcher jusqu’à la chambre. Plusieurs personnes nous proposent une chaise roulante et je refuse.
Dans l’ascenseur, une femme me mentionne qu’elle est en train de perdre sa mère et que moi je m’apprête à donner naissance. Elle dit que la vie est bien faite et sait déjà que je vais avoir une fille. Je vis plein d’émotions d’un seul coup.
Arrivé à la chambre, elle est petite et Phil n’est pas trop heureux de l’espace qui nous est offert. Je lui dis que ça ne m’importe peu. On remet la musique et il allume les fausses chandelles. Je souhaite vraiment qu’on se crée une bulle et qu’on y reste.
Ma sage-femme m’aide à prendre les contractions avec mon amoureux. Plus tard, Phil dort et je suis dans mon moi intérieur, parlant à mon bébé, lui disant à quel point je l’aime et que je suis heureuse qu’elle s’en vienne. Je lui dis souvent que c’est un travail d’équipe, qu’on va vivre ce moment ensemble.
Je perds le fil du temps et on me revalut, je suis à environ 8 cm. Mon bébé s’en vient ! Ma fille s’en vient vraiment ! Je crois qu’il est autour de minuit. Vers 3:00 (je crois?) on me revalut. J’ai beaucoup de contractions et peu de pauses, ma sage-femme me dit qu’elle pense que mon corps essaie de percer les membranes. On décide de lui donner un coup de main et de percer les eaux.
Le Soleil arrive et je ne suis pas encore à 10 cm, je commence à être fatigué. On parle de postérieur, je perd le fil des discussions. Mon bébé aussi est fatigué. On me met un moniteur, le travail est long et le cœur de Laurane ralentit. Je m’inquiète, je sais qu’elle doit sortir bientôt. Les poussées n’arrivent pas et je suis de plus en plus fatigué. On me propose l’épidurale, je refuse. Ça fais plus de 24 heures que je suis en travail.
Après plusieurs autres contractions, on appelle un médecin pour regarder le moniteur. Le médecin me dit que mon bébé est proche, que je suis capable de le sortir. Je commence à être vraiment fatigué et je crie de plus en plus fort. Ma sage-femme et mon amoureux me mentionnent que je devrais peut-être penser à la péridurale. Je ne veux pas, mais je ne sais plus quoi faire pour que mon bébé naisse. Mon chum me dira plus tard qu’à ce moment-là, il a pleuré parce qu’il n’en pouvait plus de me voir comme ça. J’accepte donc de me faire soulager… et quelques minutes plus tard, je commence à pousser. Je n’ai plus besoin de la péridurale, on dit au médecin que je n’en veux plus. Je veux pousser avec mon corps et sentir mon bébé me traverser. Je pousse ma file durant 2:30. Elle ne traverse pas le mur de mon périnée. Son cœur n’aime pas ça du tout, il faut qu’elle sorte maintenant. Il est environ 10:00 le matin. Je demande de l’aide, on me propose la ventouse. Je demande les risques, ma sage-femme me les mentionne. J’accepte, il faut que ma fille sorte rapidement.
Tout se passe très vite, le médecin arrive et m’explique ce qui s’en vient. 4 ou 5 autres personnes entrent avec elle. Je perds ma concentration, tout le monde bouge vite et parle fort. Ma sage-femme me dit de rester centré sur mon bébé.
Le médecin met la ventouse sur la tête de ma fille et me dit qu’elle arrivera très rapidement. Là, j’ai vraiment mal. Une contraction, je pousse et elle tire. Elle ne sort pas. On attend la prochaine et j’ai encore plus mal. Elle arrive, je pousse et la tête sort. Je crie, ça brûle et j’ai peur. Elle dit que c’est long, il faut que je pousse plus fort, ma fille doit sortir vite. La prochaine contraction arrive et je pousse de toute mes forces. Tout se passe trop vite, on me met sur le dos et on me crie de pousser plus fort, l’épaule ne passe pas. J’ouvre les yeux et je vois plein de visages en haut de moi. J’ai peur, j’ai mal, je veux que ma fille naisse maintenant. Mon chum m’encourage et me dit qu’elle est presque arrivée.
Puis, sans que j’en prenne conscience, ma fille arrive sur mon ventre. Il est 10:41. Elle crie et pleure. Mon dieu; merci la vie! Elle va bien! Merci! Merci mon bébé, merci ma sage-femme, merci mon amoureux ! J’ai eu si peur durant ma grossesse avec tout ce qu’on m’avait dit sur son poumon, et finalement elle est là, elle respire par elle-même! C’est magique! C’est si beau la vie! Mon chum pleure à côté de moi et me remercie. Je pleure aussi. Je parle à mon bébé et lui dits que je sais que ça a été un long voyage pour elle, mais que maintenant tout ira bien. Je lui dis que je l’aime et que je suis si heureuse qu’elle soit là.

Un peu plus tard, ma sage-femme me montre mon placenta et m’explique chacune de ses partis et fonctions. Je suis fasciné par cet organe qui a nourri ma fille pendant 9 mois. On fait des empreintes de celui-ci sur du papier que j’avais apporté pour l’occasion. Je souhaite garder un souvenir de son arbre de vie. L’infirmière nous regarde avec un air un peu bizarre, elle semble vraiment surprise de mes demandes, soit de toucher mon placenta et de faire les empruntes… mais ça m’importe peu. C’est mon moment, notre moment à nous.

Il y a beaucoup de gens dans ma chambre, tout le monde observe mon bébé. Un pédiatre vient et m’expliquer qu’il doit bientôt partir avec elle pour l’évaluer et faire une radiographie, comme Sainte-Justine l’avait demandé. Il m’explique qu’elle sera dans la pouponnière durant 24:00 en observation, voir si le séquestre est symptomatique. Je sais que non, que sais que tout ira bien, mais je comprends que les médecins veulent des preuves. Je m’assure que je peux rester avec ma fille durant ce 24h et on me dit que oui. Fiou!

On me dit aussi qu’elle a la clavicule fracturée (dystocie d’une épaule), mais que ça se replacera très vite. J’ai confiance, je sais qu’elle va bien.
Finalement, la radiographie ne nous a pas permis de voir le séquestre. Ils referont d’autre test dans les mois suivants sa naissance. On me propose du tylenols pour son épaule et je mentionne que je souhaite observer avant si elle semble souffrante. Je ne souhaite pas donner de médicament dans son corps si nouveau! On me le propose à plusieurs reprises, me mentionnant que je ne devrais pas laisser mon bébé avoir mal et que ça peut avoir un effet sur mon allaitement. Mais moi, je sais qu’elle va bien. Plus tard, une physiothérapeute et un pédiatre me confirment que son épaule (après 36h) est déjà en train de guérir et qu’elle ne lui incommode pas du tout. Je suis soulagé de ne pas avoir accepté le tylenol.
On a finalement notre congé de l’hôpital 48heures après notre arrivée !

Depuis que j’ai donné naissance à ma fille, j’ai découvert une force intérieure que je n’avais jamais soupçonnée. Je me sens choyé par la vie d’avoir eu ma fille et si c’était à refaire, je recommencerais demain matin. Je crois qu’il faut changer notre vision de l’accouchement. C’est une rencontre, une renaissance et une naissance. C’est un moment tellement puissant et intense, mais si beau et si pur. Je pleure souvent ces temps-ci. J’ignorais qu’on pouvait autant pleurer de bonheur et de reconnaissance. La nourrir avec mon lait me semble une continuité de ce lien si fort qui unit une maman a son bébé. L’accouchement a beaucoup rapproché mon amoureux et moi. Il
Ne m’a jamais autant remercié. Cette petite âme nous a choisis comme parents et nous avons l’impression d’être les parents les plus choyés du monde. La vie est magique. Les naissances le sont encore plus.
Merci, Laurane, merci d’être ce que tu es et de m’avoir choisi. Merci de faire de moi une maman, de me permettre d’être tout ce que j’ai toujours souhaité devenir. Je te promets de veiller sur toi chaque jour, de m’assurer que tu ne manques de rien et de te guider du mieux que je peux dans cette vie. Je sais, au fond de moi, que c’est toi qui m’en apprendras beaucoup plus sur celle-ci que moi. Tu es merveilleuse. Merci, merci, merci.
Voici donc l’histoire de la naissance de Laurane


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