Le suivi sage-femme, c’est quoi? – Mes expériences

(L’image de couverture à été prise sur le site de l’ordre des sage-femmes du Québec)

Enfin! Je réponds à vos questions des trois dernières années sur le suivi sage-femme. Vous avez été nombreuses à m’écrire, à me questionner, à vous y intéresser. Je pense qu’il faut que je mette tout ça par écrit afin de créer une référence qui, je l’espère, vous sera utile!

Je parle de mes deux expériences avec mes deux filles. Ce dossier traitera du suivi avec une sage-femme et dans le prochain, pour alléger le texte, je raconterai mes accouchements. Je vous partage les lois, les avantages, les inconvénients et certains protocoles selon mes ressentis, mes valeurs et mes convictions entourant la naissance et la grossesse.

Commençons !

Le service de sage-femme est régi par l’ordre des sages-femmes du Québec et est couvert par la RAMQ.

C’est probablement la question qui revient le plus souvent! La profession de sage-femme a été légalisée au Québec en 1999. Les sages-femmes ne sont pas des doulas (accompagnante à la naissance) ni des médecins ou des infirmières. Leurs professions s’orientent exclusivement envers la femme enceinte, l’accouchement et 6 semaines post-partum. Elles ont suivi une formation universitaire (BAC) de quatre ans et demi (ainsi que des nombreux stages!) avant de pouvoir pratiquer. Elles sont donc entièrement responsables des soins de la maman et du nouveau-né. Le service de sage-femme est donc gratuit!

L’accès aux sages-femmes est limité. Malheureusement, une minorité des femmes ont accès (moins de 4%) à une sage-femme. Ça s’explique de plusieurs façons:seulement l’université de Trois Rivières offre le baccalauréat, les stages ne sont pas rémunérés et leurs salaires n’est clairement pas suffisants pour le travail extraordinaire et professionnel qu’elles font.

Il faut donc appeler la maison de naissance de votre région et vous mettre sur une liste d’attente dès le début de la grossesse.

Si vous obtenez votre place, on vous convoquera à une rencontre d’information. Une sage-femme vous expliquera ce qui distingue le suivi, les règles et les protocoles pour le suivi et l’accouchement ainsi que le post-partum. Elle répondra ensuite à vos questions. Vous choisissez ensuite si vous souhaitez poursuivre ou non avec les sages-femmes. Il faut aussi avoir une grossesse normale pour avoir droit à un suivi (vous trouverez plus d’information à ce sujet sur le site de l’Ordre des Sages-femmes du Québec)

Si vous choisissez de poursuivre, vous allez voir que les rencontres sont vraiment (très) différentes que ceux avec un médecin. Pour avoir vécu les deux, c’est assez flagrant et déroutant, la première fois (j’ai eu un suivi régulier avec Laurane jusqu’à 20 semaines)

Les rendez-vous avec votre sage-femme se font au même rythme qu’avec un autre professionnel de la santé (aux mois, aux deux semaines, aux semaines…)

Par contre, les rendez-vous durent environ 1 heure. La sage-femme ne s’intéresse pas seulement à votre poids et votre pression artérielle, mais aussi à vous, vos sentiments, vos peurs, vos doutes, votre vision de votre accouchement. Elle s’intéresse aussi à votre couple, à vos souhaits pour l’enfantement, à votre famille en devenir..  C’est un suivi global parce qu’une grossesse et un enfant, ça change globalement la vie!

Ce qui distingue le suivi sage-femme, c’est aussi la notion de choix éclairé. Savez-vous que vous avez le droit de refuser une échographie? Vous avez le droit de choisir. C’est votre grossesse et votre bébé. La sage-femme vous demandera de faire des choix tout au long de votre suivi. Sans jamais prendre position ni donner son avis, elle vous fournira la documentation et les informations nécessaires pour faire un choix éclairé sur différentes décisions à prendre. Elle vous mentionne les risques, les avantages, les recommandations, les études qui ont été faites, et ce, sur tout ce qui entoure la grossesse et l’accouchement. Le test de glycémie, les  échographies, l’injection de vitamine K à la naissance, les strippings…

Ce sera en connaissance de cause que vous prendrez vos décisions et vous prendrez de plus en plus confiance en vous. C’est de cette façon qu’on prend tranquillement conscience que c’est la mère qui a le contrôle sur son corps. On plonge tranquillement dans notre maternité en prenant des décisions pour notre bébé. On est actrice et non spectatrice de notre suivi.

Comme je l’ai mentionné, la sage-femme s’occupe également de votre accouchement et de votre postnatal immédiat. Elle prend en charge le bébé jusqu’à ses 6 semaines. Par la suite, un pédiatre ou un médecin de famille prendra le relais.

Autour de 32 semaines, vous allez rencontrer votre deuxième sage-femme. Elle travaille en équipe et s’échange les gardes. Du coup, c’est pratiquement certain (sauf exception!) que vous allez accoucher accompagner d’une de ses deux sages-femmes là, que vous connaissez et qui vous connaisse. Ça, ça n’a pas de prix.

Une femme qui enfante a besoin d’être entourée de gens qui l’aiment et qui ont confiance en elle. Elle doit se sentir accompagnée, en paix, soutenue pour sécréter de l’ocytocine. Si elle connaît les gens qui l’entourent et qu’elles savent qui sauront la soutenir lorsqu’elle arrivera au sommet, elle enfantera son bébé instinctivement, comme la nature l’a prévu depuis que le monde est monde. La peur, la presse et le stress n’ont pas sa place dans un accouchement physiologique normale. C’est tellement, tellement primordial d’être dans un environnement calme et serein quand on met au monde notre bébé. Pour moi, ça comptait énormément d’être entouré de gens que je connais et qui me connaissent au moment le plus important de ma vie.

Mes expériences personnelles.

J’ai vécu deux grossesses très différentes (comme tout le monde, j’imagine!), mais j’ai eu deux suivis sage-femme.

Je vous partage bien humblement mes deux expériences.

Avec Laurane, j’ai eu mon suivi sage-femme autour de 20 semaines de grossesse. J’étais donc avec une médecin au début de ma grossesse. J’ai trouvé ça assez difficile, je dois dire. J’avais l’impression que mon temps de rendez-vous était compté et que je ne devais pas m’éterniser. << comment ça va? >> << ça va bien, mais j’ai des nausées >> << veux-tu un médicament pour les nausées >>

Nos échanges ressemblaient plutôt à cela, avec une prise de poids mensuels. Le tout en une quinzaine de minutes.

Vous dire comment j’étais surprise de savoir que mon rendez-vous avec ma sage-femme allait durer une heure! Je me suis senti soutenu et écouté, dès le début de  mon suivi. Sans compter qu’on dépassait vraiment souvent l’heure convenue! << comment ça va? Comment ton chum va avec ta grossesse qui avance? Comment vous vous sentez face à l’arrivée de votre bébé? Quelles sont vos peurs? >>

Au cours de ma grossesse, on a appris que Laurane avait une malformation au poumon. J’ai eu un suivi à Sainte-Justine, j’ai rencontré plusieurs médecins. La malformation que Laurane a n’était pas vraiment documentée et il n’y avait aucune preuve qu’elle allait avoir un problème à la naissance reliée à cette anomalie.

Ça été vraiment difficile de garder mon suivi.

Finalement, les médecins et les sages-femmes se sont entendus pour que j’accouche à l’hôpital (j’étais rendu à 36 semaines, une fois qu’ils ont pris leurs décisions! J’ai vécu une fin de grossesse assez stressante) mais accompagné de ma sage-femme. J’ai donc accouché à l’hôpital dans une chambre qu’on nous avait attitré et personne d’autre n’entrait que ma sage-femme et sa collègue tout au long de mon accouchement. (Vous pouvez trouver mon récit d’accouchement ici.)

Pour Maïa, j’ai appris ma grossesse très tard, mais j’ai eu immédiatement une place. Celles qui ont déjà eu un suivi ont une priorité. J’ai demandé d’avoir la même sage-femme, mais elle était partie dans le Grand-Nord pour un projet de maison de naissance. On m’a donc attitré une autre sage-femme rapidement. Ma grossesse s’est déroulée normalement, mais autour de 24 semaines, mon bébé s’est placé en siège et y est resté jusqu’à 37 semaines. Je voyais les semaines qui avançaient et je sentais très bien la tête de mon bébé en haut. Je savais ce que ça allait impliquer et que les chances que j’accouche à l’hôpital et que je perde mon suivi en fin de grossesse étaient grand. La vie en a décidé autrement: j’ai accepté de faire la version (une manoeuvre qui se fait à l’hôpital par une gynécologue ou un médecin) qui à réussi, et ce, à 37 semaines. J’ai accouché la semaine suivante, en maison de naissance. (Vous pouvez retrouver mon récit d’accouchement ici)

Est-ce que je recommande le suivi sage-femme?

Honnêtement, c’est clair que j’ai adoré mes deux suivis et que je choisirais encore et toujours le suivi sage-femme. Cependant, c’est vraiment important de s’écouter. Le plus important, c’est d’accoucher à un endroit où on se sent en confiance et en sécurité. Pour moi, c’était clairement en maison de naissance (et éventuellement, j’aimerais accoucher à domicile) entourée de gens que je connaissais. C’est tellement primordial de s’informer et de s’éduquer quand on est enceinte sur tout le processus de gestation, l’accouchement, les différentes maladies ou anomalies reliées au bébé et à la maman qui pourrait survenir. À ce sujet, le livre Pour une naissance heureuse d’Isabelle Brabant est vraiment complet.Une doula peut aussi vous accompagné, vous guider et vous soutenir tout au long de votre grossesse, de l’accouchement et du post-natale (ce sont des travailleuses autonomes, donc il faut les payé. Il ne faut pas confondre sage-femme et doula. Elles ne font pas le même travail et n’ont pas les mêmes fonctions/droits/formations) J’ai refusé plusieurs interventions et tests de dépistage et je l’ai fait en connaissance de cause. J’assume mes décisions et je suis à l’aise avec mes choix.

C’est ce que je retiens le plus du suivi avec les sages-femmes: avoir pris des décisions éclairées pour moi et mes enfants.

Avoir un suivi avec une sage-femme, c’est différent. Ça peut faire peur à certains membres de votre entourage qui ne s’y connaissent pas suffisamment ou qui possèdent des informations erronées. Je vous encourage à les diriger vers les sources appropriées et personnellement, si j’avais un seul conseil à donner, c’est de ne pas écouter les peurs que chaque personne pourrait avoir face à vos choix.

C’est votre bébé, votre utérus, votre grossesse. Ça ne regarde personne d’autre que vous et votre conjoint. Faites-vous confiance!

J’espère sincèrement que cet article vous a éclairé !

Je prépare le prochain sur les accouchements avec sage-femme.

À bientôt! xxx

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